Dimanche 28 décembre 2008
J'ai trouvé intéressant aujourd'hui de m'en prendre à quelque chose d'assez facile à démolir, qui
sont les mesures de "sécurité" et de "morale" dans le monde informatique. Parce que oui, à l'ère de l'internet, où les cultures sont radicalement différentes et même opposées parfois, il y a des
"codes moraux" à respecter. Voyons un peu cela ensemble pour notre plus grand plaisir commun.
D'abord, pirater, c'est MAL©. Ca, bon, on l'aura su à force qu'on nous le répète... D'abord
aux infos, puis dans les publicités (notez, ça ne fait pas tâche, c'est un message débile au milieu de bien d'autres), puis dans les journaux spécialisés, bref le message est passé et la propagande
efficace, de ce côté-là, objectif atteint. Le problème est que les mesures anti-piratage... Encouragent le piratage. Petit historique de la DRM, ou Digital Rights Management, Gestion des Droits
Numériques. Grosso modo, dans la majeure partie des cas, il s'agit de coder l'information de façon à ce que sa copie soit impossible ou
qu'elle ne soit utilisable que sur un support précis. Par exemple, une DRM qui n'autorise la copie qu'avec Windows Media Player. Oui, mais... Dans le premier cas, empêcher la copie est impossible.
C'est la vie. Les disques protégés contre la copie ont généralement été copiés et diffusés sur internet moins d'une journée après leur sortie, donc pour ça, autant oublier. Dans le second cas, cela
empêche l'interopérabilité qui est extrêmement importante. Imaginez votre superbe CD lisible uniquement avec les lecteurs validés par microsoft. Déjà votre lecteur CD, tout à fait légal, ne
respecte pas les normes imposées par la DRM. Merde alors. Vous venez de perdre 20 euros. Bon alors vous le copiez, comme le vil pirate que vous êtes, pour le mettre sur votre lecteur MP3, et là,
tadam, ça marche !
Bref, il y a anguille sous roche. Parce que les braves gens qui ont acheté leur CD ne peuvent pas le lire, et tous les petits pirates, en revanche,
peuvent le graver à volonté et le lire comme ça leur chante sans le moindre souci. C'est sûr, ça encourage à ne pas pirater... C'est un peu comme le système SecuROM employé sur le jeu récent Alerte
Rouge 3. Celui-ci demande l'enregistrement de la clé par internet, et celle-ci ne peut être enregistrée qu'à cinq reprises afin d'éviter les clés pirates qui circulent et sont utilisées 500 fois.
Donc il ne peut le réinstaller que 5 fois, plus qu'à prier pour qu'il n'y ait pas de bug pendant l'installation, ou pour ne pas devoir trop formatter. Oui, mais voilà... Quarante-huit heures après
la sortie du jeu, le SecuROM était contourné, et le jeu, disponible chez votre fournisseut de torrent habituel. Au final, celui qui est bien embêté par la protection, c'est celui qui a acheté le
jeu légalement... Notre utilisateur légal est donc bien content d'avoir dépensé 60 euros à la FNAC ou chez Micromania.
Le souci se pose aussi avec la censure, d'ailleurs. Prenons la version Allemande du jeu Fallout 3, par exemple, qui a déjà du de base se réduire à des
limitations sérieuses vis-à-vis des précédents opus (morphine transformée en "med-X", le truc con parce qu'au final tout le monde a bien compris ce que c'est sauf les débiles), impossibilité de
tuer des enfants (même si c'est moralement douteux, le fait que les enfants soient invulnérables est assez étrange, d'autant que le jeu de base est quand même moralement très douteux), bref, les
développeurs ont dû faire des compromis pour que la droite catholique accepte de ne pas manifester tous les matins devant leurs bureaux. Mais en Allemagne tout ce qui est sanglant est MAL©. Bah
oui, mon pépé a gazé des juifs, donc moi je dois être dans l'extrême inverse et dans les jeux de guerre, je tire sur des ours en peluche, hein... Bon, je comprends mal la logique, vu que pépé a pas
gazé des juifs à cause des jeux vidéos, à l'époque y'en avait pas, ni à cause des films violents, y'en avait pas non plus. A l'époque y'avait des cons rendus influençables par une vie merdique...
Ce qu'il faudrait censurer en fait, c'est la vie réelle et la crise économique, mouahahahaha ! Bref... Pour revenir au sujet...
La version Allemande est dénuée de toute forme de (je cite) "physical severing", ce qui se traduit grosso-modo par les arrachages de bras et de tête. Pour un jeu de base destiné aux majeurs, bon
c'est un peu bizarroïde, parce qu'il faut préciser que dès la 15ème minute de jeu, tu peux faire sauter une bombe atomique dans une ville remplie d'innocents. OUI ! MAIS ! En Allemagne, tu fais
sauter une bombe, qui est PROPRE ! Les gens sont atomisés MAIS leur corps reste intact madame Chombier ! Protégeons nos têtes blondes de 18 ans qui ont déjà dû se taper la voisine, regarder du
porno zoophile sur internet, et voir des films interdits aux moins de 12 ans (qui sont, soit dit en passant, souvent carrément plus dégueulasses) au cinoche !
La conséquence, c'est que tous ces jeux censurés (en Allemagne ou non) sont en général téléchargés sur internet dans leur version d'origine qui est, elle,
non-censurée. Avec plein de le fuck et de le sang inside.
Prenons donc tout ça comme un système purement commercial. Moi, monsieur X, je vends des jeux et de la musique pour un
prix donné. Mon concurrent, monsieur Y, vend la même chose moins cher. Je dois donc être plus compétitif et proposer soit des prix plus intéressants, soit un contenu plus complet. Dans le cas du
piratage, on a monsieur ayant-droit qui vend son jeu à 60€ et son disque à 20€ (en moyenne, des fois c'est plus), et monsieur
je-peux-pas-dire-son-nom-sur-un-blog-sinon-monsieur-DAVDSI-va-venir-me-sodomiser, lui, le propose gratos. Que faire ?
1 : c'est la faute aux pirates, quelle bande de dépravés, foutons-les tous en taule, et si y'a pas la place pour 2 millions de personnes, ben on fait des taules plus grandes ou alors on les ruine
sur 50 générations (oui parce que mettre 30.000€ d'amende à un mec de 16 ans, ça reste quand même plutôt comique).
2 : c'est la faute aux pirates, quelle bande de dépravés, exécutons-les, ça règlera le souci de la taille des prisons (puis d'un point de vue moral, au moins, je ne ruine pas le mec de 16 ans pour
toute sa vie, et il ne mettra pas 30 mois de salaire sans manger et en vivant dehors à payer l'amende).
3 : ah mais merde, je vends des galettes numériques avec de la musique pourrie dessus pour 1/49ème de salaire (en partant du principe qu'on ne paie ni nourriture ni factures ni loyer) et tout ce
que je propose comme argument commercial c'est l'incompatibilité totale avec mon lecteur CD, et je vends des galettes numériques avec des jeux censurés et vidés d'une partie du contenu dessus pour
1/16ème de salaire, et tout ce que je propose comme argument commercial c'est une jolie boîte et la garantie que ça me choquera tout autant que la version yankee.
Comprenons-nous bien, je ne vais pas m'amuser à vanter les mérites du piratage en ligne des oeuvres musicales
et ludiques, j'ai pas que ça à glander franchement. Mais entre nous... Le mec te dit de ne pas pirater mais vend des oeuvres non-piratées impossibles à lire, et le mec te dit de ne pas pirater mais
vend des oeuvres non-piratées censurées, ça me paraît un peu bizarre, comme façon de faire, peut-être... En admettant que je suis quand même super bizarre, prenons les choses dans leur élément le
plus simple pour le débile de base.
Ca* fait 10 ans que toutes les mesures de sécurité anti-piratage n'ont fait que de défavoriser les non-pirates. Ca fait 10 ans que la plupart des formes de censure sont contournées et font rire à
gorge déployées les cibles de ladite censure. Ca fait 10 ans que chaque génération de protection numérique est rendue inefficace en moins d'une semaine. Alors très franchement, où en est l'intérêt
concret ? Le sujet peut être traité sur des milliers de pages en prenant tous les arguments et leurs contre-arguments inverses, pour n'arriver qu'à une seule, et unique conclusion, qui est que
toute forme de contrainte finit intévitablement par être contrée elle-même. Et pour ne pas faire trop chauffer vos cerveaux de débiles, il faut arrêter là avec une vidéo complètement délirante.
Par Mel la Cynique
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Publié dans : Politique de merde
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